Les efforts croissants du régime sioniste pour redéfinir les frontières et l’ordre régional et leurs conséquences

SCFR Online – Opinion : Les évolutions sécuritaires et militaires dans la région au cours des derniers mois indiquent que les crises et les guerres en cours à Gaza, dans le sud du Liban et dans certaines parties du territoire syrien comportent des dimensions plus larges de transformations géopolitiques et géostratégiques. Dans ce contexte, l’augmentation de la présence militaire et du contrôle du régime sioniste sur certaines parties des territoires de ces zones, ainsi que les propositions relatives à la création de zones tampons ou même à l’expansion des frontières de sécurité, ont soulevé de sérieuses questions quant à l’avenir de l’ordre régional et à ses conséquences pour les pays de l’Asie occidentale.

Hamid Khoshayand – Expert des affaires régionales

En 2026, le régime sioniste a renforcé la doctrine consistant à établir des zones de sécurité à l’intérieur du territoire des pays voisins, à une distance de 10 à 15 kilomètres de ses frontières ; une doctrine qui avait autrefois été abandonnée en raison des évolutions stratégiques, mais qui est désormais relancée, avec le soutien des États-Unis, à une échelle plus large qu’auparavant.

Selon les dernières cartes que le régime sioniste a fournies de manière non officielle aux groupes d’aide à Gaza, une nouvelle zone interdite a été marquée d’une ligne orange sur les cartes, englobant environ 11 % du territoire de la bande. Cette nouvelle zone, définie au-delà de la ligne de cessez-le-feu d’octobre, a porté la superficie totale des terres sous contrôle direct ou restriction opérationnelle du régime sioniste à Gaza à près des deux tiers (environ 64 %) de la superficie totale de la région.

Benjamin Netanyahu, Premier ministre du régime sioniste, a déclaré dans un message vidéo le 31 mars, en soulignant que « plus de la moitié de la bande de Gaza est sous contrôle israélien » : « C’est nous qui attaquons, et nous détenons l’initiative. » Par ailleurs, le 12 mai 2026, l’armée du régime sioniste a élargi cette zone d’influence de 34 kilomètres carrés supplémentaires avec l’approbation de la soi-disant « Commission de la paix » présidée par Trump, et ses forces sont désormais déployées le long de la « ligne orange ». Des rapports palestiniens indiquent que de vastes opérations de génie visant à niveler les infrastructures le long de cette ligne sont en cours, et les analystes estiment que le régime sioniste applique une stratégie de création de réalités territoriales afin de consolider son contrôle.

Dans le sud du Liban également, le régime sioniste cherche à imposer une nouvelle « ligne jaune » qui, selon des rapports de responsables libanais, a placé jusqu’à 68 villages sous occupation. Selon une carte publiée par l’armée du régime le 19 avril 2026, cette zone tampon s’étend par endroits jusqu’au fleuve Litani et à une distance de 30 kilomètres de la frontière internationale. Le ministre de la Guerre du régime sioniste, soulignant que le sud du Liban est comme Gaza, a évoqué la destruction massive des infrastructures et le déplacement forcé des habitants afin de vider la zone de sécurité, au point que la ville de Bint Jbeil est désormais devenue une ruine semblable à Gaza. Cette situation a effectivement remis en cause la souveraineté nationale du Liban et a créé une bande continue de territoire occupé visant à repousser les tirs de missiles antichars.

En Syrie, le régime sioniste a également réalisé des avancées sans précédent en exploitant la chute du gouvernement de Bachar al-Assad en décembre 2024. Le régime n’a pas seulement violé la zone tampon des Nations unies dans le Golan (dans le cadre de l’accord de 1974), mais a également saisi 350 kilomètres carrés de territoire syrien en moins de 48 heures après la chute d’Assad. Entre août 2025 et mai 2026, au moins 1 672 violations frontalières ont été enregistrées, et neuf nouvelles bases militaires ont été établies sur le sol syrien. À cet égard, l’approbation d’un plan de 334 millions de dollars pour le développement des colonies du Golan en avril 2026 transmet un message clair : le régime sioniste considère le Golan comme lui appartenant de manière permanente. Cela alors même que la Cour internationale de Justice a jugé illégale la construction de ces colonies. Les dirigeants syriens actuels, confrontés aux défis de la période de transition, réclament un retrait, mais Tel-Aviv, s’appuyant sur sa puissance militaire, rejette tout accord.

En Cisjordanie également, le processus d’annexion de facto s’est considérablement accéléré. En février 2026, le cabinet du régime sioniste a approuvé, pour la première fois depuis 1967, l’enregistrement de vastes zones de Cisjordanie comme terres d’État. Cette décision, combinée à l’abrogation d’une loi de l’époque jordanienne interdisant la vente de terres aux colons, a en pratique levé les obstacles juridiques à l’expansion des colonies. Les Nations unies et le Conseil de sécurité ont qualifié ces mesures d’annexion progressive et effective. La Chambre de commerce internationale a également déclaré que ces colonies et le Golan occupé ont été établis en violation manifeste du droit international et des résolutions du Conseil de sécurité.

Ces mesures étendues de redéfinition des frontières ont suscité des réactions internationales. La Ligue arabe, l’Organisation de la coopération islamique et 18 autres pays, dans une déclaration conjointe, ont condamné ces actions et les ont qualifiées d’annexion de facto inacceptable et de violation manifeste du droit international. La Cour internationale de Justice a également souligné dans ses derniers avis consultatifs que la poursuite de l’occupation de la Palestine et la construction de colonies constituent une violation de l’article 49 de la quatrième Convention de Genève et que certaines actions du régime sioniste relèvent de l’apartheid et de la ségrégation raciale. Néanmoins, il apparaît que le régime sioniste, conscient des multiples crises mondiales et de l’implication des grandes puissances ailleurs, exploite l’inattention de la communauté internationale pour faire avancer ses plans expansionnistes.

Ce qui s’est produit au cours des derniers mois ne peut être considéré comme de simples événements temporaires et des réactions purement sécuritaires ; il s’agit plutôt d’un plan plus large visant à modifier de manière permanente la géométrie du pouvoir et des frontières dans la région. Les changements progressifs mais continus du contrôle territorial, de Gaza et de la Cisjordanie jusqu’au sud du Liban et au plateau du Golan, indiquent un effort organisé pour créer de nouvelles réalités sur le terrain.

En l’absence d’une réponse régionale et internationale efficace et immédiate, ces changements deviendront des réalités permanentes, rendant la restauration des frontières précédentes extrêmement difficile, voire impossible. Par conséquent, la communauté internationale, et en particulier les pays de la région et du monde musulman, ont besoin d’une compréhension plus précise des dimensions de ces évolutions. L’inattention ou des réactions limitées et tardives à ces tendances ne feront pas seulement encourager le régime sioniste à consolider son occupation, mais ouvriront également la voie à l’émergence de nouvelles dynamiques dangereuses qui confronteront la sécurité et la stabilité à long terme de la région et du monde islamique à des défis sans précédent.


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Le Front Libanais et son Indissociabilité de l’Axe de la Résistance

SCFR Online – Opinion : En fournissant un vaste réseau de services sociaux, de santé, éducatifs et de reconstruction post-guerre, le Hezbollah a établi une base sociale solide pour lui-même parmi les chiites et les sunnites du Liban, et même au-delà, parmi d’autres segments de la société libanaise, y compris les chrétiens. Le Hezbollah n’a jamais été un acteur externe imposé au Liban ; c’est plutôt un phénomène né fondamentalement de l’occupation et des crimes du régime sioniste et influencé par la résistance populaire.

Les composantes de la puissance de dissuasion de l’Iran

SCFR Online – Opinion : À un moment où les équations de sécurité régionales ont atteint un stade sensible sous l’influence de la confrontation stratégique de l’Iran avec les États-Unis et le régime sioniste, la question de la nature de la puissance défensive de Téhéran a acquis une importance plus grande que jamais. Alors que Washington et Tel-Aviv s’appuient sur leur supériorité technologique, la République islamique d’Iran a présenté un modèle de dissuasion qui dépasse les calculs matériels des armées classiques du monde. Cette puissance, enracinée dans le lien entre « le terrain » et « le peuple », a non seulement modifié l’équilibre des forces dans les conflits récents, mais a également perturbé les calculs des adversaires lorsqu’ils sont confrontés à la profondeur stratégique de l’Iran.

Le défi des drones « FPV » à faible coût du Hezbollah pour le régime sioniste

est coûteuse et avancée — en particulier lorsqu’elle est produite par des entreprises renommées — plus la victoire est assurée. Cependant, les développements sur le front nord de la Palestine occupée au cours des derniers mois ont remis en question cette croyance de longue date. Ici, l’armée du régime sioniste, malgré la possession des systèmes de défense les plus avancés tels que Iron Dome, David’s Sling et Arrow, ainsi que des avions de chasse F-35 de cinquième génération, des chars Merkava et d’autres équipements modernes présents dans peu de pays à travers le monde, s’est retrouvée pratiquement impuissante face aux drones du Hezbollah libanais coûtant quelques centaines de dollars. L’aveu amer de Benjamin Netanyahu concernant l’incapacité à contrer cette menace, ainsi que son ordre d’allouer un budget illimité afin de trouver une solution, soulignent la réalité selon laquelle l’ère de la supériorité pure fondée sur des technologies coûteuses est arrivée à son terme.

La dépendance durable de l’Europe à l’énergie du Golfe Persique

SCFR Online – Opinion : Le discours dominant dans le domaine de la sécurité énergétique européenne au cours des deux dernières décennies a tourné autour de la diversification des sources d’approvisionnement et de la réduction progressive de la dépendance aux combustibles fossiles. Ce récit, qui a pris un élan particulier après la crise gazière en Ukraine en 2006 et son intensification en 2014 et 2022, reposait sur l’hypothèse que l’Europe pourrait se libérer des vulnérabilités géopolitiques résultant de la dépendance à des fournisseurs spécifiques grâce à des investissements dans les énergies renouvelables, aux importations de gaz naturel liquéfié en provenance de sources diversifiées et à l’établissement de nouvelles infrastructures. Cependant, une analyse plus approfondie des données commerciales énergétiques et de la structure de la chaîne d’approvisionnement mondiale de pétrole et de gaz présente un tableau différent. L’Europe n’a non seulement pas réussi à réduire de manière significative sa dépendance au Golfe Persique, mais dans certains secteurs — notamment les importations de gaz naturel liquéfié — cette dépendance s’est même accrue. Cette réalité, souvent négligée dans le discours public, soulève des questions fondamentales sur la durabilité des stratégies de sécurité énergétique de l’Europe et leur impact sur les équations de pouvoir régionales.

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