Saeed Nami – Expert en économie internationale
À l’approche du sixième mois de la guerre contre l’Iran, l’administration Trump continue de souffrir d’une erreur stratégique fondamentale dans l’évaluation de la nature de cette agression militaire. La Maison Blanche a supposé qu’en suspendant la question nucléaire et en libérant une partie des avoirs financiers de l’Iran, elle pourrait contraindre Téhéran à accepter le statu quo, mais ce calcul a négligé les convictions idéologiques et la planification décennale de la République islamique.
Du point de vue iranien, le contrôle du détroit d’Ormuz constitue la « garantie » ultime de la sécurité nationale, et tout recul serait une question existentielle et non négociable. Cette erreur de calcul américaine a conduit à l’effondrement du cessez-le-feu et a poussé Washington vers des mesures incohérentes telles qu’un blocus naval complet et un plan exigeant une part de 20 pour cent de la valeur de la cargaison de chaque pétrolier.
Une telle approche non seulement manquait de légitimité juridique, mais dépeignait également l’Amérique comme une puissance vacillante aux yeux de ses alliés régionaux. L’Iran, conscient que les États-Unis ne peuvent soutenir des opérations d’escorte illimitées, s’est concentré sur une stratégie d’usure et d’augmentation des coûts économiques pour le camp adverse, piégeant Washington dans une impasse où les menaces américaines sont incapables de modifier l’équation.
Les analyses purement militaires ne parviennent pas à saisir pleinement le dilemme du détroit d’Ormuz, car elles négligent les puissants instruments économiques à la disposition de l’Iran. L’économie mondiale est chroniquement dépendante de la libre circulation d’un cinquième de son pétrole et de son gaz à travers ce détroit, et l’Iran, comprenant cette vulnérabilité structurelle, a conçu une stratégie fondée sur la « défense légitime active ».
Cette stratégie vise à créer une dissuasion durable et à augmenter les coûts sécuritaires imposés par le camp adverse ; même sans un arrêt complet du trafic, en accroissant le risque perçu, une pression à la hausse sur les prix du pétrole émerge comme une conséquence naturelle des actions réciproques de l’Iran. L’augmentation de 10 pour cent des prix du pétrole brut Brent ces derniers jours est une preuve évidente que toute insécurité dans cette voie navigable affecte directement les intérêts vitaux de ses utilisateurs.
Le rôle des trois îles d’Abou Moussa et des Grand et Petit Tomb dans cette équation est central et indéniable. Ces îles, qui ont toujours été sous possession historique de l’Iran, ne sont pas seulement des bases militaires, mais des « porte-avions stationnaires » et des plateformes de surveillance des voies de communication, dont la sécurité fait partie de la souveraineté nationale iranienne.
Ces îles permettent à l’Iran, à un coût minimal, de créer une dissuasion durable et efficace contre toute menace potentielle, ce qui a un impact profond sur la chaîne d’approvisionnement énergétique mondiale. Il est évident que toute action iranienne à cet égard est considérée comme une réponse pleinement légitime et proportionnée aux violations de la souveraineté et de la sécurité nationale de ce pays. C’est là la « dissuasion de l’économie politique » dans laquelle la force dure (hard power) est employée au service des intérêts nationaux et de la sécurité durable.
La demande de péage de Trump ou de part de 20 pour cent et son retrait rapide ont été la plus coûteuse erreur diplomatique de la Maison Blanche dans ce conflit. Le droit international ne permet à aucun pays de se proclamer « gardien » des droits d’autrui et d’exiger un paiement pour une protection non sollicitée.
Cette action contradictoire, qui a été modifiée en moins de 24 heures suite au changement de position du président américain, passant de l’exigence d’argent liquide à la proposition d’accords commerciaux avec les pays du Golfe Persique, a encore sapé la crédibilité juridique et politique de l’Amérique.
Cette fluctuation de position a transmis un message clair : les positions de la Maison Blanche ne sont pas fondées sur des principes juridiques stables, mais sur des caprices personnels et des pressions politiques immédiates. À cet égard, toute atteinte aux droits souverains de l’Iran sur les trois îles et ses eaux territoriales constitue une violation manifeste du droit international.
Le coût stratégique de ce comportement est bien plus grand. Les pays du Conseil de Coopération du Golfe, qui sont eux-mêmes affectés par l’insécurité maritime, considèrent désormais avec scepticisme la capacité de Washington à fournir une sécurité durable. De plus, l’accent mis sur les « droits souverains des États riverains » dans le Mémorandum d’accord d’Islamabad permet effectivement à l’Iran, en citant ses droits incontestables, d’insister sur ses positions juridiques.
Ces facteurs ont élargi l’espace de manœuvre juridique de l’Iran et ont dressé des obstacles sérieux à toute tentative de rétablir un ordre basé sur l’unilatéralisme américain. Dans ce climat de méfiance, ni la diplomatie traditionnelle ni les menaces militaires ne sont efficaces ; seuls les acteurs qui exploitent ce vide juridique à l’avantage de leur stratégie d’économie politique prévaudront, et l’Iran détient un avantage clair sur son rival dans ce domaine.
Avec l’effondrement du cessez-le-feu et la reprise des attaques, les perspectives à court terme pour la situation dans le détroit d’Ormuz indiquent une réduction du trafic et une volatilité accrue du marché. Les achats de pétrole chinois et l’épuisement des réserves stratégiques indiquent que les réalités du marché limiteront la marge de manœuvre des acteurs politiques.
Une préoccupation plus grande pour l’Occident est l’expansion potentielle du conflit vers Bab el-Mandeb ; les pays du Golfe, dans un effort précipité pour construire de nouveaux pipelines et des itinéraires alternatifs coûteux, expriment leur désespoir face à toute solution militaire ou juridique revendiquée par les États-Unis, et ont conclu que la stabilité régionale n’est possible que par le respect des droits de tous les pays, en particulier de l’Iran en tant que puissance dominante sur cette voie navigable.
La seule voie raisonnable est un retour à un cadre de négociation fondé sur les intérêts mutuels et le respect de l’intégrité territoriale de l’Iran. L’implication de la communauté internationale, dont le destin est lié à cette voie navigable, peut être efficace pour encourager les parties concernées à accepter cette voie. Cependant, tant que la Maison Blanche persistera dans ses politiques ad hoc et interventionnistes et refusera d’accepter les réalités du terrain et les droits incontestables de l’Iran, l’horizon de la résolution de la crise restera obscurci par les brumes de ses mauvais calculs et de ses exigences excessives.
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