Une analyse du pacte de défense de La Mecque

SCFR Online – Opinion : Le vendredi 7 août, les chefs d'État de trois pays – l'Arabie Saoudite, la Turquie et le Pakistan – ont signé un texte intitulé « Accord de défense conjointe de La Mecque ».

Hamid Khoshayand – Expert des affaires régionales

Ce pacte, fruit de près de deux ans et huit mois de négociations, a été conclu au milieu de la crise régionale la plus vaste des dernières décennies et à la suite des attaques à grande échelle du régime israélien et des États-Unis contre l’Iran, apparemment comme une réponse pragmatique au vide sécuritaire et au réalignement des coalitions. Pour le dire plus simplement, les développements des derniers mois et la politique belliciste des États-Unis et du régime israélien dans la région ont joué un rôle très efficace dans l’accélération et la facilitation du processus de formation du pacte de défense susmentionné.

Le pacte de La Mecque, rédigé dans la continuité de la coopération antérieure entre Riyad et Islamabad, réunit trois pays aux caractéristiques uniques : l’Arabie Saoudite avec une vaste capacité financière, la Turquie avec une armée comparable à celle de l’OTAN, et le Pakistan en tant que seul détenteur d’armes nucléaires dans le monde islamique.

C’est la première fois que les puissances majeures du monde islamique se rassemblent dans le cadre d’une structure de défense formelle. Cependant, il ne faut pas négliger les complexités techniques et politiques de la coordination entre un membre de l’OTAN, un royaume du Golfe Persique et une république dotée d’une structure militaire indigène, car lier ces capacités hétérogènes, au-delà de la signature de protocoles politiques, nécessite des mécanismes opérationnels précis.

Une question fondamentale se pose ici : ce pacte doit-il être considéré comme un traité à part entière, ou s’agit-il d’une réaction temporaire aux crises actuelles ? Hakan Fidan, le ministre turc des Affaires étrangères, a décrit les engagements de ce pacte comme « techniquement similaires à l’article 5 de l’OTAN » et a indiqué que d’autres pays ont manifesté leur intérêt pour y adhérer, qualifiant l’Égypte de « partenaire naturel » pour la prochaine étape. Cependant, la réalité sur le terrain et historique indique que ce mécanisme est davantage une réponse au vide sécuritaire causé par l’incertitude concernant les engagements américains qu’une coalition militaire intégrée. L’ambiguïté dans la structure de commandement unifiée, un budget conjoint et, plus important encore, le désaccord sur la « nature de la menace » entre les trois pays constituent des obstacles sérieux à la réalisation d’une coalition stable.

La capacité de créer et d’étendre une coopération régionale globale
Néanmoins, il ne faut pas négliger les horizons positifs de ce pacte. La caractéristique distinctive la plus importante de cet accord est sa capacité potentielle à devenir un cadre de coopération régionale globale. Si l’objectif principal de ce pacte est de contrer les agressions du régime israélien contre les pays islamiques et son expansionnisme, il pourrait certainement être accueilli favorablement et bénéficier de la coopération d’autres gouvernements et, au-delà, des peuples de la région, exaspérés par les crimes, le génocide et la politique belliciste du régime israélien et des États-Unis.

L’approche déclaratoire des responsables turcs selon laquelle cet accord « n’est dirigé contre aucun pays en particulier » ouvre la porte à la coopération avec tous les acteurs préoccupés par l’instabilité. L’accueil favorable réservé à cette initiative par l’Organisation de la coopération islamique indique également la capacité du pacte à devenir une plateforme de coopération en matière de défense et de renseignement et à jeter les bases d’un ordre sécuritaire indigène indépendant des puissances extra-régionales.

Certains estiment que cet accord créera un obstacle à la réponse des forces militaires iraniennes aux éventuelles agressions américaines utilisant des bases que certains pays régionaux ont mises à leur disposition – des vues qui sont en complète contradiction avec les macro-politiques de la République islamique d’Iran concernant la lutte contre les éléments qui menacent sa sécurité nationale. La République islamique d’Iran a toujours souligné le principe selon lequel la sécurité régionale doit être assurée par les pays de la région eux-mêmes. Les responsables iraniens ont explicitement déclaré que toute erreur de calcul ou action incorrecte se heurtera à une réponse décisive.

Il est important de noter que le pacte de La Mecque ne peut pas et ne doit pas être considéré comme un obstacle aux réponses défensives légitimes et autoritaires de l’Iran face à d’éventuelles agressions américaines. L’expérience historique a montré que les forces armées iraniennes, face à toute menace, cibleront les bases mises à la disposition des agresseurs sur la base du droit légitime à la légitime défense. Cette question a été clairement communiquée aux responsables régionaux : ces réponses défensives ne doivent pas être interprétées comme des attaques contre leur territoire ou leurs intérêts. L’Iran a toujours souligné le renforcement de la coopération avec les pays voisins, et son approche à l’égard de ce pacte est également fondée sur la même logique de coopération et de convergence régionales.

Conclusion
Le pacte de La Mecque, dans un premier temps, indique la fin de l’ère où les pays de la région s’en remettaient « uniquement » à des garants extra-régionaux. Sa mesure de succès, cependant, sera déterminée non pas par la cérémonie de signature à La Mecque, mais par ses objectifs et ses résultats pratiques.

Si ce pacte se concentre sur la confrontation des menaces régionales communes, en particulier l’expansionnisme du régime israélien, il pourrait devenir le point de départ de la formation d’un nouvel ordre sécuritaire en Asie de l’Ouest. Cependant, un tel développement nécessite une clarification des mécanismes exécutifs et une gestion intelligente et mesurée.


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