L’importance de l’élection présidentielle en Irak et ses conséquences

SCFR Online – Note : Par un vote décisif en faveur de Nizar Mohammed Saeed Al-Amidi, issu de l'Union patriotique du Kurdistan, le Parlement irakien a conclu la compétition à l'avantage de ce parti. Al-Amidi a obtenu 208 voix sur un total de 249 suffrages exprimés, battant ses rivaux—including Fuad Hussein, candidat du Parti démocratique du Kurdistan—et a été élu nouveau président de l'Irak. Ce résultat reflète essentiellement la formation d'un consensus relatif parmi un large spectre de forces politiques irakiennes pour préserver l'équilibre existant au sein de la structure du pouvoir.

Barsam Mohammadi – Expert des affaires régionales

Le processus de formation de la structure du pouvoir en Irak depuis 2003 a toujours été accompagné de nombreuses nuances et complexités. La Constitution irakienne, afin de créer un équilibre entre les différents groupes ethniques et religieux—including chiites, sunnites et kurdes—a établi des mécanismes de répartition du pouvoir entre eux, qui au cours des deux dernières décennies ont évolué en conventions politiques relativement stabilisées.

Dans ce cadre, la sélection des dirigeants des trois branches du gouvernement constitue l’une des étapes les plus sensibles du processus politique du pays. Parmi ces étapes, l’élection présidentielle occupe une position particulière, car sa réalisation nécessite un large consensus au parlement et l’obtention des deux tiers des voix des représentants. Par conséquent, tout désaccord entre factions politiques peut conduire à une impasse à ce stade.

Suite aux élections parlementaires irakiennes de 2025, la formation d’une nouvelle structure du pouvoir a fait face à de sérieux défis. La première étape s’est déroulée avec l’élection de la direction parlementaire, où Haibat al-Alusi a été élu Président du Parlement, avec Adnan al-Fayhan et Farhad Atrushi comme vice-présidents. Cependant, la sélection du président—en raison de la compétition serrée entre partis kurdes et de son impact sur les équations de pouvoir à Bagdad—a représenté l’une des étapes les plus complexes.

Dans la structure politique de l’Irak, selon une convention établie dans les premières années suivant l’effondrement du régime de Saddam Hussein, la présidence est attribuée aux Kurdes, la présidence du parlement aux sunnites, et la primature aux chiites. Bien que ce modèle ne soit pas explicitement stipulé dans le texte constitutionnel, il est effectivement devenu un mécanisme pour maintenir l’équilibre entre les principales forces politiques. Dans ce cadre, la compétition principale pour la présidence de l’Irak a toujours eu lieu entre les deux principaux partis du Kurdistan irakien : le Parti démocratique du Kurdistan et l’Union patriotique du Kurdistan.

Lors de l’élection récente également, le Parti démocratique du Kurdistan, citant l’obtention de plus d’un million de voix dans les régions kurdes, a cherché à sécuriser la présidence irakienne cette fois-ci et ainsi à modifier l’équation traditionnelle de partage du pouvoir entre partis kurdes. En revanche, l’Union patriotique du Kurdistan, avec le soutien de segments significatifs de partis chiites et sunnites, a insisté sur la préservation du modèle précédent. Du point de vue de nombreux acteurs politiques à Bagdad, modifier cette convention aurait pu avoir des conséquences dépassant la compétition intra-kurde et pourrait même générer de nouvelles demandes d’autres groupes pour redéfinir leur part dans la structure du pouvoir.

Finalement, le Parlement irakien, par son vote décisif pour Nizar Mohammed Saeed Al-Amidi de l’Union patriotique du Kurdistan, a conclu cette compétition en faveur de son parti. Al-Amidi a obtenu 208 voix sur 249 suffrages exprimés, battant des rivaux dont Fuad Hussein, candidat du Parti démocratique du Kurdistan, et a été élu président de l’Irak. Ce résultat démontre essentiellement la formation d’un consensus relatif parmi un large spectre de forces politiques irakiennes pour préserver l’équilibre existant au sein de la structure du pouvoir.

Nizar Al-Amidi est né en 1968 dans la ville d’Amadiya, gouvernorat de Dohuk, dans la région du Kurdistan en Irak. Il a complété ses études en génie mécanique à l’Université de Mossoul et parle couramment l’arabe et le kurde. Al-Amidi est membre du conseil de direction et du bureau politique de l’Union patriotique du Kurdistan et a joué un rôle dans la structure du gouvernement central de l’Irak ces dernières années. Il a servi comme Ministre irakien de l’Environnement de 2022 à 2024, et avant cela, durant différents mandats présidentiels—including ceux de Fuad Masum et Barham Salih—il a assumé la responsabilité de la gestion du bureau présidentiel. Ces credentials lui ont procuré une considérable familiarité avec les mécanismes du pouvoir à Bagdad et l’engagement avec divers acteurs politiques.

Du point de vue des développements politiques, l’élection d’Al-Amidi n’était pas seulement une compétition intra-kurde mais plutôt un reflet de la confrontation entre deux générations de politiciens irakiens post-2003. Masoud Barzani, s’appuyant sur des réseaux traditionnels et l’alignement avec des politiciens chiites de première génération tels que Nouri al-Maliki, a soutenu le Parti démocratique du Kurdistan ; en revanche, Bafel Talabani, s’appuyant sur des générations plus jeunes de figures chiites et sunnites telles que Qais al-Khazali et Mohammed al-Alusi, a construit une nouvelle coalition qui a finalement obtenu un plus grand soutien parlementaire.

L’importance de l’élection présidentielle doit être recherchée dans son impact direct sur les étapes subséquentes du processus politique du pays. Selon la Constitution irakienne, suite à l’élection, le président est mandaté pour confier la tâche de formation du gouvernement au candidat du plus grand bloc parlementaire. Pour cette raison, la sélection présidentielle constitue essentiellement une étape décisive dans l’initiation du processus de sélection du premier ministre et de formation du cabinet. De cette perspective, l’un des obstacles les plus difficiles dans l’achèvement de la structure politique de l’Irak—à savoir, résoudre le portefeuille présidentiel—a été éliminé.

Les conséquences de cette élection peuvent également être évaluées comme largement positives. Premièrement, la sélection d’Al-Amidi a démontré que malgré une compétition politique intense, la possibilité d’atteindre un consensus parmi les principaux acteurs de l’Irak existe toujours. Un tel consensus peut aider à réduire les tensions politiques et empêcher le pays d’entrer dans des périodes prolongées d’impasse politique. Deuxièmement, consolider la convention de partage du pouvoir entre principaux groupes empêche l’émergence de nouvelles demandes et de compétitions coûteuses pour redéfinir les parts des différents groupes dans la structure gouvernante.

De plus, l’élection d’un nouveau président peut faciliter et accélérer le processus de formation du gouvernement. Avec cette étape clarifiée, les forces politiques tournent maintenant leur attention vers l’étape la plus sensible : sélectionner le premier ministre et former le cabinet. Dans ce contexte, le rôle de la Coalition pour la Reconstruction et le Développement, dirigée par Mohammed Shia’ al-Sudani, dans le soutien au processus de sélection présidentielle pourrait améliorer ses perspectives de continuation comme premier ministre, bien que la possibilité que d’autres options basées sur le consensus soient proposées demeure.

En résumé, l’élection de Nizar Al-Amidi peut être considérée comme une étape importante dans l’achèvement de la structure du pouvoir suite aux élections parlementaires irakiennes. Cette sélection non seulement prévient des tensions généralisées dans les équations politiques, mais ouvre également la voie pour que le pays entre dans l’étape de formation du gouvernement. Si ce processus se poursuit avec un consensus relatif parmi les forces politiques, on peut s’attendre à ce que l’Irak jouisse d’une plus grande stabilité politique dans la période à venir—une condition fondamentale pour renforcer la sécurité, le développement économique et les progrès du pays dans les années futures.


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