Hamed Vafaei – Professeur d’études chinoises, Université de Téhéran
Cette proposition, présentée simultanément avec l’agression récente des États-Unis et du régime israélien contre l’Iran et les tensions récentes dans le détroit d’Ormuz, doit être considérée comme le dernier cadre déclaré par Pékin pour jouer un rôle dans cet environnement sensible, fragile et complexe.
Selon les récentes positions du Président chinois, les quatre piliers principaux de cette proposition sont les suivants :
- L’adhésion au principe de coexistence pacifique et la nécessité de construire une « architecture de sécurité commune, globale, coopérative et durable » pour l’Asie occidentale et le golfe Persique.
- L’adhésion au principe de souveraineté nationale avec le plein respect de la souveraineté, de la sécurité et de l’intégrité territoriale des pays de la région, ainsi que la protection de la sécurité du personnel, des installations et des institutions civiles de tous les pays.
- L’adhésion au principe de la primauté du droit international afin de préserver son autorité et d’empêcher le retour du monde à la « loi de la jungle » ; et
- La coordination des deux dimensions de « développement et sécurité » dans le but de créer un environnement propice au développement des pays de la région et de relier ces deux catégories.
Cette proposition peut être considérée comme une partie importante de la stratégie de « diplomatie et d’Initiative de sécurité mondiale » de la Chine à l’ère de la multipolarisation du système international, dont les dimensions clés incluent l’opposition à la domination et à l’unilatéralisme ; un point qui, dans le troisième volet, avec une référence explicite à la « loi de la jungle », renvoie directement aux politiques actuelles des États-Unis, y compris le blocus naval des ports iraniens, les attaques conjointes avec le régime israélien et les violations répétées des cessez-le-feu par Washington et Tel-Aviv.
Pékin estime que l’Occident, en particulier les États-Unis, a ramené le monde à l’ère de la « jungle » par la force et les sanctions, tandis que la Chine propose au monde une « voie de développement pacifique ». Ces concepts font partie des termes clés connus sous le nom de « caractéristiques chinoises » dans la diplomatie de Xi, ou « Xiplomatie », qui prennent sens aux côtés de principes tels que la non-ingérence, l’orientation vers le développement et l’opposition à l’unilatéralisme.
Xi, à travers ce langage, présente en réalité son pays comme une « grande puissance responsable » et un défenseur du « multilatéralisme » dans un système international turbulent, et déclare implicitement que l’ordre libéral occidental centré sur les États-Unis a échoué. Il convient également de rappeler qu’il s’agit du même langage utilisé par Pékin lors de la guerre en Ukraine et de la crise de Gaza.
Une autre dimension de cette proposition est sa dimension sécuritaire et la proposition d’une nouvelle architecture dans ce domaine, formulée dans le premier volet par la présentation de principes pouvant être considérés comme une réitération de certaines parties de « l’Initiative de sécurité mondiale » de Xi Jinping. À cet égard, au lieu d’alliances militaires et de cadres tels que l’OTAN ou l’axe « États-Unis–Israël–Arabes », la Chine met l’accent sur une architecture « commune, globale, coopérative et durable » dans la région. Le point important est que cette architecture est « non américaine ». Ce cadre correspond au concept que la Chine a démontré en 2023 par sa médiation entre Téhéran et Riyad.
Une autre dimension de cette proposition est celle de la souveraineté et du principe de non-ingérence, qui, dans le deuxième volet, vise à réaffirmer la position classique de la Chine face à l’approche de l’Amérique de Trump dans des cas tels que le « changement de régime » ou le « blocus ». Ce volet défend directement le droit de l’Iran à protéger son intégrité territoriale et ses voies navigables, y compris le détroit d’Ormuz, et présente le blocus américain comme une action illégale. Toutefois, il convient de noter que l’accent mis par la Chine sur l’intégrité territoriale et la souveraineté nationale prend également en compte ses réserves concernant d’éventuelles actions de Téhéran en réponse aux agressions ennemies depuis le territoire de ces pays.
Une autre dimension de cette proposition est son aspect économique et développemental, qui peut être interprété comme l’un des principes fondamentaux de la politique étrangère de la Chine et comme le cœur battant de la diplomatie chinoise (Xiplomatie). Les concepts visés dans ce volet doivent être recherchés dans le contenu de « l’Initiative de développement mondial » de Xi Jinping. Une initiative qui, en mettant l’accent sur le « socialisme aux caractéristiques chinoises dans la nouvelle ère », souligne que la Chine n’est plus une « puissance émergente », mais qu’en tant que « grande puissance responsable », elle cherche à créer la stabilité par l’économie et la diplomatie sans déployer de troupes ni envoyer d’armes.
Dans l’ensemble, cette proposition peut être décrite non pas comme une proposition tactique temporaire, mais comme un cadre stratégique à long terme pour une « Asie occidentale post-américaine ». On peut dire que Xi Jinping cherche, à travers cette initiative, à présenter la Chine comme une « grande puissance extra-régionale neutre », ou en d’autres termes, comme un « facteur d’équilibre » entretenant des relations stratégiques avec l’Iran, un partenariat global avec les Arabes du Golfe et des relations économiques avec le régime israélien.
Dans ce contexte, la carte du détroit d’Ormuz a créé cette opportunité en or pour Téhéran d’élever le niveau de ses relations avec la Chine, puissance mondiale, du cadre traditionnel habituel de la dernière décennie au niveau d’un « facteur d’équilibre », tout en respectant les intérêts nationaux et les trois principes de dignité, sagesse et opportunité.
À la lumière de cette proposition en quatre points, la capacité de la Chine à jouer un rôle dans cette crise peut être accrue, mais à moyen terme, elle doit être évaluée comme limitée aux instruments souples et économiques. Dans le même temps, compte tenu des réalités de la prise de décision en Chine sous la direction de Xi Jinping, il est nécessaire de comprendre que, compte tenu des objectifs et des cadres du Parti communiste chinois, toute médiation potentielle de Pékin dans cette crise sera principalement « facilitatrice » plutôt que « garante » ; cela trouve clairement ses racines dans le « réalisme chinois » et le principe de « l’amitié sans alliance ».
En fin de compte, cette proposition peut être considérée comme un indicateur d’un nouveau niveau d’effort d’un pôle majeur émergent du système international pour exploiter l’environnement existant afin de permettre la transition définitive de l’Asie occidentale d’un « ordre américain » vers un « ordre multipolaire », dans lequel la Chine pourrait jouer un rôle central sans précédent.
La réalisation de ce nouvel ordre dépend, dans un premier temps, de son acceptation par les acteurs régionaux, et dans une étape ultérieure, elle nécessite le passage de Pékin de la phase de prudence à de nouveaux domaines. L’acceptation intelligente de cet environnement par l’Iran, en plus d’élever le niveau des interactions Téhéran–Pékin, peut faciliter la reconstruction économique du pays après la guerre et réduire relativement les menaces existentielles persistantes ; toutefois, le succès final d’un tel ordre dépend naturellement de la capacité de Téhéran et de Pékin à transformer ce cadre en un « grand compromis ».
Par conséquent, la proposition de Xi peut être considérée comme une manifestation de la « diplomatie de la patience chinoise » dans la crise d’Ormuz, avec des racines entièrement chinoises, notamment un engagement non militaire, non interventionniste et orienté vers le développement, ainsi qu’un calibrage d’un mouvement équilibré entre l’Iran en tant que partenaire anti-américain et les Arabes en tant que partenaires économiques, visant à affaiblir l’hégémonie américaine sans confrontation directe.
Dans un tel environnement, la République islamique d’Iran doit prêter attention à plusieurs principes fondamentaux : premièrement, que Pékin est un « ami », mais qu’il voit le monde à travers un prisme « chinois » et réfléchit selon les intérêts de la Chine ; cela signifie d’abord l’économie, puis la sécurité, et enfin la patience stratégique.
Téhéran doit tenir compte du fait que la proposition de Xi est une fenêtre d’opportunité, et non une garantie, et que si elle est examinée avec une perspective réaliste et une compréhension du point de vue chinois sur les évolutions mondiales actuelles et futures, elle peut être utilisée pour tirer parti du levier économique chinois afin de réduire les pressions et d’équilibrer les conditions complexes actuelles.
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