Saman Saedi – Expert des affaires régionales
Le plan de paix de Trump ; cessez-le-feu ou tutelle coloniale ?
Fin juillet 2026, Donald Trump a annoncé ce qu’il a appelé un « accord historique » pour le « désarmement complet » du Hamas et de tous les groupes armés à Gaza. Selon les détails publiés du plan, le Hamas doit remettre ses armes à un Comité national palestinien sous supervision internationale. Par la suite, une force de stabilisation internationale de cinq mille soldats, commandée par un général américain, servira de zone tampon entre les Palestiniens et les unités sionistes en retrait. L’administration civile de Gaza sera également confiée au Comité national pour l’administration de Gaza ; un organe technocratique conçu sans la présence du Hamas ni aucune origine électorale.
Cependant, deux réalités fondamentales ont été négligées dans cette annonce. Premièrement, le régime sioniste n’a pas accepté cette feuille de route. Deuxièmement, les groupes palestiniens soulignent qu’ils ne déposeront pas les armes tant qu’un retrait militaire inconditionnel du régime sioniste ne sera pas garanti.
Les analystes de Foreign Policy In Focus, une filiale du think tank américain Institute for Policy Studies, considèrent ce plan non comme une « feuille de route pour la paix » mais comme un « plan de tutelle coloniale » dans lequel les Palestiniens perdent leur droit à l’autodétermination. Contrairement aux cadres déclaratifs des accords d’Oslo et de Camp David qui, bien que imparfaits, présentaient au moins ostensiblement la construction d’un État comme objectif ultime, le plan de 2026 est totalement silencieux sur la souveraineté palestinienne.
Selon un rapport du centre d’études stratégiques sioniste Begin-Sadat, le cessez-le-feu d’octobre 2025 fondé sur le plan en 20 articles de Trump et la résolution 2803 du Conseil de sécurité des Nations Unies, bien qu’il ait créé une situation relativement stable dans les zones sous contrôle du régime sioniste, s’est heurté à une profonde impasse diplomatique dans la mise en œuvre des étapes suivantes. Le Hamas refuse de se désarmer en raison du manque de parole des sionistes, et le régime sioniste n’est pas disposé à se retirer vers la nouvelle ligne de sécurité.
De la victoire cognitive du Hamas à l’érosion croissante de l’image internationale du régime sioniste
La position du Hamas sur la paix présente un double tableau. D’une part, le mouvement, par la publication de deux livrets en janvier 2024 et décembre 2025, a souligné sa « victoire cognitive ». Le Hamas met en avant des réalisations telles que l’érosion croissante de l’image internationale du régime sioniste, l’intensification des sanctions, les changements dans l’opinion publique américaine et l’escalade ou l’expansion des actions judiciaires internationales contre les responsables sionistes.
D’autre part, les élections palestiniennes de 2026 se tiennent dans un cadre qui exclut délibérément le Hamas et le Jihad islamique du processus démocratique. Ces élections sont conçues comme un mécanisme visant à créer une nouvelle source de légitimité politique ne reposant plus sur la victoire du Hamas aux élections de 2006.
Un rapport du think tank britannique Chatham House en août 2026 présente un argument différent. Selon ce think tank, l’accord du Hamas pour se désarmer est, en fait, une tentative de dévoiler le « bluff » du régime sioniste. En acceptant le désarmement, le Hamas place le régime sioniste dans une position difficile où il doit soit accepter la formation d’un État palestinien, soit révéler sa réelle volonté de ne pas poursuivre la paix. Ce rapport indique que la dynamique des négociations est bien plus complexe que les récits simplistes sur la « reddition » ou la « fermeté » du Hamas.
Obstacles structurels ; de l’influence qatarie aux crises régionales
Les obstacles à la réalisation de la paix à Gaza ne se limitent pas aux désaccords directs entre le Hamas et le régime sioniste. Un vaste réseau d’acteurs régionaux aux intérêts divergents complique toute solution durable. Yaakov Amidror, un général sioniste à la retraite considéré comme proche de l’establishment sécuritaire du régime sioniste, a qualifié le Qatar de pays « négatif » « s’efforçant de détruire le régime sioniste ». Il souligne le rôle d’Al Jazeera et les investissements substantiels du Qatar dans le monde entier pour influencer les partisans contre le régime sioniste. Ces déclarations indiquent que certains éléments au sein de l’establishment sécuritaire du régime sioniste considèrent la présence du Qatar dans le soi-disant processus de paix non comme une solution, mais comme une partie du problème.
Les développements au Liban ont également jeté une ombre sur les équations de Gaza. Selon un rapport du think tank américain Stimson, la poursuite des interventions du régime sioniste dans le sud du Liban renforce la position du Hezbollah dans ce pays. La Syrie, malgré ses efforts pour rester en dehors du champ de bataille, a également été affectée par les conséquences économiques et sécuritaires de la crise régionale.
Implications de la poursuite de la guerre
La poursuite de la situation actuelle à Gaza aura des implications différentes pour les acteurs régionaux. Pour le régime sioniste, la persistance de l’impasse signifie une augmentation des coûts militaires et une pression internationale continue. Les relations du régime sioniste avec l’Égypte et la Jordanie se sont également tendues en raison de l’utilisation des ressources en eau et en énergie comme levier.
Par conséquent, les perspectives de paix à Gaza continuent de faire face à de sérieux obstacles. Le plan de Trump, malgré les déclarations d’accord, est devenu en pratique un document unilatéral en raison de son mépris pour les revendications palestiniennes et de son rejet par le régime sioniste. Le désaccord fondamental sur le désarmement, la position politique du Hamas et l’implication d’acteurs régionaux aux intérêts conflictuels retardent la réalisation de toute solution durable.
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